Touche pas à mes falaises

Merveilles de la nature que le vent et la mer modèlent perpétuellement, les falaises d’Étretat sont connues dans le monde entier. Un patrimoine naturel aussi mythique que fragile.

L’érosion des célèbres falaises de craie blanche est un paradoxe : c’est ce qui les rend uniques et sublimes, c’est aussi, le plus naturellement du monde, ce qui rend particulièrement fragiles cette vénérable partie des 140 kilomètres du littoral normand. D’autant que chaque année, leur beauté attire un bon million de touristes et leurs perches à selfie, ici, à vingt kilomètres au nord du Havre.

Entre les causes naturelles d’usure et cet afflux permanent qui dégrade les plages et la côte d’Albâtre, pas facile de jongler. Et pourtant, malgré cette fréquentation importante, grâce aux efforts permanents du petit village d’Etretat, à peine 1 500 habitants en hiver, le site reste très préservé.

Double spectacle
Le spectacle des falaises d’Etretat est double. Depuis la plage, elles dressent un décor grandiose, notamment la plus photographiée d’entre elles, la falaise d’Aval, dont l’arche monumentale paraît comme suspendue entre ciel et mer. Tout comme son indissociable Aiguille, quelques mètres plus loin dans les flots.

Depuis le sentier côtier, on peut s’offrir de nombreuses vues imprenables. Sur les falaises elles-mêmes : une fois installé au sommet de l’imposante Manneporte, on découvre ainsi la falaise d’Aval sous un autre jour, de même que la Manneporte se révèle différemment depuis la sauvage Courtine. Et bien sûr, il y a cette vue sur la Manche, qui ne pouvait pas rêver plus bel écrin que ces véritables déesses de calcaire.

Pris dans la toile d’Etretat
Cet incroyable panorama n’a pas manqué de subjuguer les plus grands artistes, peintres et écrivains. Flaubert et Maupassant y ont trempé leur plume. Maurice Leblanc en a tiré une aventure d’Arsène Lupin, « L’aiguille creuse ». Eugène Boudin et Gustave Courbet ont maintes et maintes fois remis leur cœur à l’ouvrage pour saisir la beauté des côtes et des vagues normandes. Mais celui qui a probablement le plus arpenté ces falaises, c’est Claude Monet, le maître de l’impressionnisme. Il n’hésitait pas à défier les éléments pour saisir la lumière de la craie par tous les temps.

Si vous préférez le calme à la tempête, ne quittez pas Etretat sans prendre place sur un banc, au pied de la chapelle Notre-Dame, pour y contempler le coucher de soleil. Tout ce que vous risquez, c’est de ne jamais l’oublier.